Dans la mise en œuvre des activités du PROGRECIPH, un symposium a été organisé. Ont répondu à cette grande messe internationale, 89 participants venant des fédérations nationales des organisations des personnes handicapées dont 27 sont des personnes handicapées et 38 des femmes. La délégation togolaise forte de 4 membres a été conduite par le President du Conseil d’Administration de la FETAPH, M.  AKAKPO-NUMADO Gratien, le 2ième Vice-Président de la FOAPH, M. AYASSOU Komivi Germain, le Directeur de Programme de la FETAPH, N’KEKPO M. K. Dodzi et le Coordonnateur Communication et Mobilisation des ressources, AFFO-WALOH Soli.

Grande première dans l’histoire de la Fédération Ouest Africaine des Associations des Personnes Handicapées (FOAPH), cette rencontre a été financée par Humanité & Inclusion/Handicap International, Sight Savers et l’Etat du Sénégal.

Cérémonie d’ouverture

Souhaitant la bienvenue aux délégations venues des 15 fédérations de la Communauté Economique Des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et du Gabon, le Président de la FOAPH, Yatma FALL a rendu un vibrant hommage à tout un chacun. Il a dressé l’historique de son institution qui fait la fierté des personnes handicapées en représentant un espoir d’inclusion de tous. Il n’a pas manqué de saluer l’Etat du Sénégal qui a donné toutes les facilités à notre organisation pour la tenue effective de cette activité. Il a paraphrasé l’ex-président américain ROOSEVELT, une personne handicapée en ces termes : ‘’le niveau de développement d’un pays ne se mesure pas à la hauteur de ses grattes ciels mais au niveau d’inclusion des personnes les plus vulnérables’’. En cela, il a félicité chaleureusement le Maire, Oumar Cissé car celui-ci a permis à une femme handicapée de ‘’passer du statut de mendiante dans les rues de Rufisque à conseillère municipale’’.

Répondant au Président de la FOAPH, Monsieur le Maire a salué le rôle déterminant que jouent les personnes handicapées dans la société. En cela ‘’la participation politique des personnes handicapées peut permettre de lever plusieurs barrières’’. Il est essentiel de distinguer entre citoyen actif et citoyen passif. Désormais, il ne s’agit plus de bénéficier des lois mais de jouer sa partition dans le processus de prise de décision.

Le Ministre d’Etat, Pr Ismaïla FALL, Conseiller Spécial du Président Macky SALL et constitutionnaliste a dans son discours d’ouverture remercié toutes les délégations ayant foulé le sol sénégalais pour répondre à ce symposium. Il a salué la pertinence de l’action des fédérations qui, au côté des gouvernements donnent des orientations stratégiques pour mieux répondre aux besoins de tous et surtout permettre la jouissance des droits des personnes handicapées. Il a rappelé que ‘’la participation des personnes handicapées à la vie publique et politique est un baromètre permettant de mesurer la vitalité démocratique d’un pays’’. Il a souhaité que les différents partages d’expérience permettent d’impulser le leadership des personnes handicapées car la participation est essentielle afin de répondre à l’agenda 2060 et les Objectifs du Développement Durable (ODD).

Pour y répondre à ces exigences internationales, il y a plusieurs défis à relever notamment :

Président du comité scientifique du symposium, tout en souhaitant des échanges fructueux au cours des travaux, il a déclaré les travaux ouverts.

Différents panels pour adresser des questions spécifiques

  1. Fondements juridiques de la participation des personnes handicapées à la vie politique et publique

Ce premier panel a été animé par Messieurs El Hadj Mamadou MANO et modéré par Brice ASSANGBE de Handicap International.

Pour le conférencier, il n’est pas question pour les personnes handicapées de quémander une place dans la sphère politique. L’article 29 de la Convention Internationale des Droits des Personnes Handicapées (CIDPH) fait obligation aux Etats parties de créer des mécanismes institutionnels qui permettent aux personnes handicapées de pouvoir participer à la vie publique. D’autres articles notamment les 1.1 ; 5 et 12 sont éloquents sur les mesures idoines à prendre pour rendre la participation des personnes handicapées effective.

  1. Etat des lieux sur la participation citoyenne et politique au Bénin et au Niger

Il a cité l’exemple de certains pays comme la Tunisie et l’Ouganda qui ont su trouver une approche qui permette la confidentialité du choix lors du vote quel qu’en soit le type de handicap. Ainsi en Tunisie, il a été institué un dispositif fait de trou qui correspond exactement à la disposition des candidats sur la liste électorale.  Pour la personne malvoyante ou non voyante et surtout analphabète, il suffira de glisser une petite bille au trou correspondant. Ce qui garantit l’équité du scrutin.

En Ouganda, la mise en place des quotas, a permis de reconfigurer le parlement grâce à un système électoral qui permet de réserver des sièges à des personnes handicapées.

Au Niger en 1987, le Ministre de la Justice était une personne non voyante. Il est considéré à ce jour comme le meilleur ministre de la justice de ce pays depuis les indépendances. Il a été Président de la Cour Constitutionnelle pendant près d’une décennie. Il a continué de conseiller tous les gouvernants de son pays jusqu’au soir de sa vie.

En revanche dans d’autres pays, le handicap n’est pas encore une question des droits humains. Vu l’état de handicap physique, à l’aéroport d’Abidjan, les agents commis à l’accueil des voyageurs ont exigé de payer des frais supplémentaires afin d’activer l’escalator.

Pour finir, l’orateur a vivement souhaité la pleine implication des personnes handicapées, seule alternative pour pouvoir mesurer réellement le potentiel de chaque citoyen d’autant plus que ‘’la politique est une chose très précieuse qu’on ne doit pas être confiée au seul politique’’

  1. Mécanismes et outils innovants pour la participation politique

Les barrières les plus rebutantes pour la participation des personnes handicapées sont physiques, communicationnelles et comportementales.

Au-delà de l’environnement qui est hostile, handicapant du fait de l’inaccessibilité physique et géographique de la sphère politique, les préjugés qui perdurent depuis l’antiquité qui fait de la validité, une condition sine qua non de l’habileté à accomplir une tâche spécifique, la politique en Afrique se fait dans une langue étrangère. En effet, ne pas maitriser la langue de Molière est une damnation de même que la langue de Shakespeare. Bien que la majorité de la population soit analphabète, seules les langues officielles que sont l’anglais, le français, l’espagnol et le portugais restent les instruments linguistiques de la vie politique. Ce qui représente un frein à la participation de tous.

Abordant l’exemple du Sénégal, Dr Mamadou Lamine FATY, Directeur de la Promotion et la Protection des personnes handicapées, a fait un état des lieux.

Il a évoqué la carte d’égalité des chances (CEC) qui donne accès à 5 services sociaux. Pour adresser les différentes demandes des citoyens handicapés, 272 608 projets individuels ont été réalisés avec une enveloppe financière de 20, 9 milliards depuis 2012. En perspective, il est prévu l’instauration d’un quota de 15% pour les recrutements à tous les concours organisés par l’Etat.

  1. Bonnes pratiques et expériences réussies en matière d’éducation à la citoyenneté et à la vie politique

La participation politique est très importante pour assurer un développement qui réponde aux aspirations de tous. Pour ce faire, une société brésilienne a inventé un outil appelé ‘’indice de participation sociale ou citoyenne ‘’IPS’’. Cet outil est numéroté de 0 à 20. Il revêt 5 dimensions.

La notation se fait à travers une matrice composée des 5 dimensions sur 4 colonnes. Le nombre de point maximal étant de 4.

A l’issue de cette pondération, on distingue différents types de participation selon Sarah WHITE :

En application de ces outils, au Burkina Faso, les Organisations de personnes handicapées jaugent l’action publique. Pour plus d’efficacité et efficience des actions sur le terrain, il urge de créer une inféodation des OPH aux OSC. Tout au moins, le plus grand défi, reste la sincérité des acteurs qui souvent privilégient leurs intérêts au détriment des OPH. L’autre défi, reste la faible expertise des OPH dans le domaine politique à cause de leur faible implication dans le jeu politique.

  1. Prise en compte du genre, participation des femmes et jeunes handicapées à la vie publique, politique et citoyenne

La conférencière abordant ce sujet a dit ‘’c’est de la maison qu’on dirige l’extérieur, la société’’… Madame le Ministre Ngoné NDOYE, ancienne Ministre des Sénégalais de l’Extérieur, Ancienne Sénatrice, Ancienne Maire et actuelle Présidente du Collectif des Sénégalis de la Diaspora.

Elle a loué le premier rôle que jouait la femme dans la société africaine pré coloniale. Dans cette lancée, elle a invité les filles à se forger une place dans l’arène politique car il n’y aura pas de traitements préférentiels pour une catégorie de citoyens.

S’adressant spécifiquement aux personnes handicapées, elle les a invité à regagner les rangs pour défendre leurs droits car personne ne leur fera de cadeau. Elle a résumé son parcours politique et civil pour inciter chaque fille à embrasser le parcours de combattant qui est un devoir envers sa mère, patrie.

Analysant la pertinence des échanges sur la participation politique des personnes handicapées, elle a souligné « j’ai appris en deux jours, ce que j’ai passé une vie à ignorer ».

Enfin, elle a lancé un cri militant en faveur de l’inclusion des dialectes africaines dans le jeu politique car ‘’les dialectes sont un moyen par excellence d’expression par excellence’’

  1. Enjeux, défis et perspectives pour la participation des personnes handicapées dans la vie publique et politique
  2. Partenariat public et privé : la prise en charge des groupes vulnérables (responsabilité sociale de l’entreprise) (RSE))

Déclaration de Dakar sur la participation des personnes handicapées à la vie politique et publique

Afin de concrétiser les résultats des travaux du symposium, une déclaration a été rédigée et lue aux participants. Véritable feuille de route pour une intégration réussie des personnes handicapées dans la sphère politique, elle part des droits humains édictés dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (DUDH) pour mettre un terme à l’exclusion, à la stigmatisation bref au développement séparé, institué par les hommes depuis toujours.

Cette rencontre internationale marque un point d’ancrage de la FOAPH dans le plaidoyer actif envers les Etats pour changer de politique. Il n’est plus question d’être des citoyens passifs comme à l’accoutumée mais des acteurs engagés au service de la nation tout entière. La personne handicapée a un rôle à jouer. Le développement économique ne peut se faire en se passant de la force motrice de plus de 80 millions de personnes dans l’espace CEDEAO.

Cérémonie de clôture

Dans son mot de fin, le Président de la FOAPH a tenu à remercier la grande attention que tous les participants ont accordé à tous les panels. Il a salué la qualité des échanges et surtout la pertinence de la Déclaration issue des travaux. Il a chaleureusement félicité toutes les délégations qui ont répondu à son invitation.

La Directrice Générale de la Famille, a exprimé sa satisfaction devant la détermination des participants à donner un nouveau sens à l’action politique. Cette détermination est contenue dans la déclaration issue des travaux. Elle a souhaité un bon retour à toutes les délégations avant de clore les débats.

GRANDES ORIENTATIONS DU SYMPOSIUM

  1. La nécessité que les personnes handicapées s’engagent en politique
  2. Faire le plaidoyer pour rendre le code électoral inclusif surtout en mettant des conditions qui favorisent la candidature et le vote des personnes handicapées
  3. Dans la mesure du possible, avoir un quota pour la représentation des personnes handicapées dans les institutions de la république
  4. Promouvoir la nomination des personnes handicapées aux postes politiques et administratifs